21S janvier 2026
ASSIS ! Mais... pourquoi ?
Ce matin, je suis entrée dans une animalerie avec Aslø.Mis à part le fait qu'Aslø serait, selon la responsable du magasin, une bouvier bernois croisée staff — hypothèse audacieuse mais pourquoi pas — tout se passait plutôt calmement.
Jusqu'à la friandise.
La responsable propose une petite crassouille à Aslø. Un geste à priori gentil. A priori.
Aslø regarde. Observe. Attend.
Et là arrive le fameux ordre.
Le grand classique.
Le tonitruant.
Le définitif.
« ASSIS ! »
Pas un mot posé.
Pas une invitation.
Un ordre.
Un de ceux qui dit surtout : "C’est qui le patron ?"
Je précise calmement :
« Elle ne connaît pas cet ordre, et je ne tiens pas à ce qu'elle le connaisse. »
La personne insiste.
Sans vraiment m’écouter.
Après tout, ce n'est pas comme s'il était question de ma chienne.
Elle répète son ordre. De plus en plus fort, des fois que ce soit parce qu’Aslø n'a pas entendu.
Aslø, elle, finit par faire ce que font beaucoup de chiens intelligents :
elle réfléchit.
Et visiblement, elle conclut quelque chose comme :
"Bon… elle ne va pas me donner son truc. Tant pis."
Elle s'assoit en me jetant un regard circonspect.
Et là, verdict immédiat :
« AH VOUS VOYEZ QU'ELLE CONNAÎT ! »
Non.
Elle ne connaît pas.
Elle s'adapte au contexte.
S'asseoir n'est pas obéir.
Un chien peut s'asseoir pour mille raisons :
- parce que c'est plus confortable
- parce qu'il attend
- parce qu'il se met en retrait
- parce qu'il tente de faire cesser une pression
- parce qu'il analyse une situation floue
- parce qu'il choisit la voie la plus simple
S'asseoir n’est pas une preuve de connaissance.
Encore moins une preuve d'obéissance.
C’est parfois juste une réponse sociale.
Une tentative de régulation.
Un compromis.
Mais quand on regarde le chien uniquement à travers la grille de l'ordre, on rate tout le reste.
Le problème, ce n'est pas le mot "assis".
C'est ce qu'il empêche de voir.
Il empêche de voir :
- la réflexion du chien
- son inconfort éventuel
- son intelligence situationnelle
- sa capacité d'adaptation
Un chien qui "obéit" vite est souvent perçu comme un bon chien.
Un chien qui réfléchit est souvent perçu comme têtu.
Et c’est là que ça m’inquiète.
Pas pour Aslø.
Elle va bien.
Elle sait gérer ce genre de situations.
Ce qui m'inquiète, c'est que cette personne est responsable d’une animalerie.
Et qu’elle donne probablement des conseils d’éducation toute la journée.
Des conseils basés sur :
- le contrôle
- l'ordre
- la dominance déguisée derrière une friandise
- et l'idée que si le chien fait quelque chose, c'est forcément qu'il "sait" et qu’il "doit".
Sans jamais se demander pourquoi il le fait.
Je n'ai pas argumenté.
Je n'ai pas donné mon métier.
Je n'ai pas corrigé.
Je l'ai laissée penser ce qu'elle voulait. Elle n'avait sans doute pas envie d'entendre quoi que ce soit à ce propos.
Mais cette scène est révélatrice d’un immense malentendu :
👉 un chien n'est pas un exécutant.
C'est un être vivant qui pense, ressent, anticipe, s'adapte, choisit.
Et parfois, il s'assoit.
Pas parce qu'il obéit.
Mais parce qu'il a compris que l'humain en face n'écoutera rien d'autre. #ArtCanemConferences
